LEADERSHIP EN SITUATION DE CRISE : le décryptage pour évaluer le caractère et l’authenticité

- Analyse effectuée à la demande d'un client du Cabinet Conseil Christine Gagnon inc. Ce texte représente 20% de l'analyse remise au client, en format CAPSULE D'ANALYSE. Cette capsule est diffusée aux membres en règle de ce client, pour leur apprentissage en décryptage gestuel -

Nous avons analysé les présentations des deux hommes la même journée, celle de mardi le 17 mars. Monsieur Trudeau avait pris la parole vers midi 45, François Legault vers 13h30.
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La façon même de s'adresser aux gens marque une différence entre les deux hommes. Le ton, le débit et la gestuelle sont trois indicateurs reliés et simultanés, qui nous donnent des indices sur l’authenticité d’une communication.

Dès le départ, le premier ministre du Canada lit un texte d'une voix monocorde, presque mécanique, ce qui marque une distance avec son auditoire. Son homologue du Québec adopte plutôt un ton grave, un débit lent et une gestuelle plus fluide, qui permettent à l'auditeur de retenir plus facilement son discours. Il utilise aussi des mots d’action et s’adresse directement à son auditoire, sans lecture.

On peut d'ailleurs remarquer le stress émotif de monsieur Legault par son oeil gauche plus petit et son épaule gauche légèrement surélevée. D’ailleurs, il aurait été étrange de ne voir aucun de ces items, dans ces circonstances difficiles. L'émotion positive et intense dont il fait preuve quand il parle des «anges gardiens» et la bouffée de bonheur qui accompagne son allusion au 7 mille CV reçus de retraités du secteur de la Santé démontrent bien qu'il se sent interpellé par la situation.

Dans cette séquence concernant les CV, les indicateurs faciaux du premier ministre du Québec sont bien définis. Les muscles palpébraux (muscles sous l’oeil) sont gonflés, indice d’une émotion positive hypertonique. Ses yeux grands (des yeux d’enfants) et son sourire contagieux nous indiquent qu’il recherche la joie chez les autres lorsqu’il regarde ses collègues autour de lui.

Globalement, l'allocution de monsieur Trudeau n'était pas appuyée par beaucoup d'axes de tête, et ses mains ont très peu de mouvement. On ne sent donc pas un homme énergique, actif, et pleinement engagé dans la bataille. Cette situation s'explique peut-être aussi par le fait que lui-même pourrait être affecté par un rhume, ou que son épouse est présentement malade.  

La gestuelle de monsieur Trudeau est révélatrice lorsqu'il répond aux questions. Il est même facile de distinguer les moments où il connaît ou non la réponse. Dans le premier cas, il fait un repositionnement droite-gauche, se campe sur ses pieds, reprend sa position, et il parle. Ceci démontre qu’il est prêt à livrer la réponse qu’il a assimilée. Quand il semble pris de court, il termine sa réponse sans cligner des yeux, observant la réaction de l'interlocuteur (Leal, & Vrij, 2010). À ce moment, nous pouvons déduire qu’il cherche à s’adapter aux réactions du journaliste, si une autre question surgissait. L’absence de clignement de paupières dénote une surcharge cognitive, une moins grande disponibilité émotionnelle, et une attention focalisée sur une seule cible (Mondillon, L., 2006).

Dans son point de presse, monsieur Legault était accompagné par le directeur de la Santé publique du Québec, Le Dr Horacio Arruda, et par la ministre de la Santé, Danielle McCann.

Monsieur Arruda multiplie les mouvements de mains en ouverture et en «stop». L’ouverture témoigne l’action et le « stop », d’une nécessité d’arrêter les élans. Ces deux mouvements sont observables quand il tente de rassurer lorsqu'il fait allusion au nombre de tests de dépistage, et au laps de temps pour communiquer les résultats de ces tests. Il révèle ainsi une capacité de diriger une situation, tout en contrôlant ses émotions. Encore une fois, sa popularité se passe dans l’authenticité.

On peut comprendre, sans être expert en langage corporel, à quel moment une personne retient son information, versus quelqu’un qui a le désir d’être transparent. Plus la tête est libre de parler, plus le corps est libre de bouger. Plus la tête est occupée à réfléchir au discours qu’il doit contrôler, plus le corps est rigide et moins il est actif.