Quand les mots retenus font que le corps n’en peut plus!

Analyse de la vidéo de Vladimir Poutine et Emmanuel Macron lors d’une entrevue à Brégançon: https://youtu.be/pLGhB4KC7n4.

Une vidéo riche en informations verbales, non verbales et paraverbales, malgré sa courte durée et le fait qu’un seul interlocuteur, parle. À regarder Vladimir Poutine, nul doute que le non-verbal existe et qu’il veut dire quelque chose!

Bien évidemment, Monsieur Poutine est en position inférieure dû au fait que la parole n’est pas à lui pour l’instant, et qu’il doive écouter une traduction. D’ailleurs, rien ne l’intéresse avant 16 secondes. C’est à ce moment que Monsieur Macron décide de s’avancer et de dire : « Le deuxième élément… que se passerait-il si nous faisions différent… », voulant exprimer l'idée que la Russie pourrait se retirer ou que les autres membres pourraient le rejeter. Un sourire caché se dessine subrepticement sur le visage de Monsieur Macron, quelque chose de fort se prépare.

Monsieur Macron ressent clairement une vive émotion positive que nous pourrions presque décrire comme un contentement des propos qui s’en viennent : «Si on décidait... et donc on va se tourner le dos… », alors que ces propos sont doux et empreints de sous-entendus, les gestes eux, décrivent du rejet vers l’extérieur. Il termine d’ailleurs sa phrase avec une petite langue de vipère qui signifie généralement la fierté dans un propos dur ou arrogant. Cette langue ressortira presque chaque fois qu’il répètera cette phrase. Le tout vient appuyer les indicateurs non verbaux du paragraphe précédent.

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Réactions de Monsieur Poutine : son regard rapide vers l’extérieur, sa bouche qui cesse soudainement de bouger et ses yeux qui tombent vers le bas. Il est soudainement concentré sur les paroles de Macron. Il devient bien malgré lui impuissant, puisque l’éthique le veut ainsi. De là, débutera une série de gestes, de réactions et de toussotements de Poutine. Et Macron prend, comme un conquérant, l’espace verbal qu’on lui offre. Son partenaire politique est cloué au silence, profitons-en, se dit-il.

C’est là que plusieurs mouvements de rejets de Monsieur Poutine s’en suivent, ce qui vient valider les indicateurs de concentration ci-haut mentionnés. D’ailleurs, en début de vidéo, les doigts de la main gauche de Vladimir Poutine étaient assez souples jusqu’ici, dans son mouvement récurant. Plus le discours de Monsieur Macron insiste sur le fait que la Russie pourrait être rejetée, plus les doigts de Monsieur Poutine se tendent pour terminer avec un poignet plus rigide et des doigts bougeant à une vitesse différente. Le corps se tend, il bouge par le surplus d’énergie que provoque l’obligation de l’inertie verbale et la bouche se retient comme elle le peut, de ne pas répondre.
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Entre 57 sec. et 1 min16, Monsieur Poutine est dans sa tête, en réflexion. Il ne cligne plus des paupières, il réfléchit seul et intensément. Lorsqu’il complète sa réflexion, son premier mouvement est important. Il est indicateur de sa conclusion. Il se recadre et recherche certaines informations, certaines images. À partir de ce moment, nous voyons la gradation de l’intensité et l’augmentation de l’activité musculaire survenir. Ses doigts, dans un geste d’engramme, stimulent les réponses qui lui viennent au fur et à mesure. La bouche crispée est essuyée, car elle aurait des paroles possiblement négatives et spontanées à exprimer.

Monsieur Macron, par son discours rassembleur, nous invite à la discussion. Pourtant, un désir de se rassurer est palpable tout au long de son discours, se frottant les genoux afin d’être en mesure d’être à la hauteur de ce qu'il sous-entend.
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L’analyse de la communication est comme une danse. L’un bouge, l’autre réagit, le ton change et le tout s’enchaîne comme une valse. Intéressant pour ceux qui aiment la performance.

Christine Gagnon
Août 2019